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28/10/2010

"Pas de marché de la nature"

13_07_32_941645907_02399512--U20116304823WKE-443x282.jpgA l'image du marché du carbone qui existe pour tenter de limiter les émissions de CO, la question de la valorisation des services rendus par la nature est largement débattu au sommet de Nagoya. La publication du rapport TEEB, il y a une semaine, conforte certains spécialistes sur cette piste. "Si l'on ne fixe pas un prix à la nature, on continuera de la sacager gratuitement" pensent-ils. Un avis que tout le monde ne partage pas.

L’ingénieur agronome français Laurent Piermont, qui travaille à la fois sur le climat ( comme président du Fonds carbone européen (ECF) et sur la biodiversité (PDG de CDC biodiversité), juge ainsi la démarche intéressante mais souligne qu’il faut la manier avec précaution. Il a répondu à quelques questions d'un confrère de l'AFP à ce sujet.

La protection de la biodiversité peut-elle s’inspirer de mécanismes mis en place dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Pour le climat, à partir du moment où vous détachez une tonne de carbone de l’endroit où elle été émise, vous pouvez la bancariser, vous pouvez avoir une Bourse du carbone. Mais je ne vois pas un marché de la nature comme il y a un marché du CO2 car aucun élément naturel ne peut se réduire à un service ou une fonction qu’il remplit : il y a les espèces, mais il y aussi leurs relations dans le temps et dans l’espace. Je ne crois pas que l’on puisse créer une unité universelle de biodiversité.

Quel peut être le rôle des entreprises dans les efforts engagés pour tenter d’enrayer le perte de biodiversité ?

Ce n’est pas parce qu’il n’y pas de bancarisation possible que les lois du marché ne peuvent s’appliquer. Il y a des mécanismes à inventer, certains sont débattus ici, à Nagoya. Pour les secteurs qui exploitent des ressources renouvelables (agriculture, pêche, exploitation forestière) ils doivent s’inscrire dans la gestion durable de la ressource. Pour ceux qui consomment définitivement des biens naturels (la ville et ses extensions, les infrastructures de transport) nous pensons que la solution tourne autour de la compensation fondée sur un étalon écologique : je détruis quelque chose et je dois le réparer aussi bien que possible, forcément ailleurs et forcément différemment. Pour de nombreux autres secteurs, nous croyons au concept d’aménagement à biodiversité positive. Exemple : lorsque vous installez une éolienne en mer, installez-là sur des pylônes avec des formes géométriques qui permettent aux plantes -et donc aux poissons- de s’y installer.

En donnant une valeur aux services rendus pas la nature, ne risque-t-on pas d’en faire une simple marchandise ?

La destruction de la biodiversité a un coût. Mettre cela en avant est très utile pour que l’humanité se rende compte du trésor qu’elle est en train de gaspiller. Mais il faut manier ces éléments chiffrés avec précaution. L’étape à ne pas franchir serait celle qui consisterait à dire : +la nature vaut X, donnez-moi X et vous êtes autorisés à la détruire.

Commentaires

Il ne faut pas réduire le rapport "The Economics of Ecosystems and Biodiversity" (TEEB) à une simple évaluation économique des écosystèmes et de la biodiversité. Ce rapport va plus loin et formule dix recommandations qui ne sont pas toutes mues par des impératifs économiques.

Lien vers le rapport TEEB : http://www.teebweb.org/LinkClick.aspx?fileticket=bYhDohL_TuM%3d&tabid=924&mid=1813

Aperçu des dix recommandations du TEEB : http://www.citizenbrain.eu/2010/10/nature-valeur-economique/

Écrit par : Citizen Brain | 29/10/2010

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